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  • Tableau ancien à cadre doré éclairé par une applique cimaise de laiton, sur un mur de boiserie laquée vert profond, au-dessus d'une console de marbre veiné.
  • Comment éclairer un tableau ?

    Varnys


    Devant une œuvre éclairée chaque soir, une grandeur revient dans les documents de conservation. Reste à savoir ce que recouvre la dose, et comment elle se compte.

    Les institutions de conservation écrivent des niveaux en lux, et un angle de pose. Encore faut-il savoir pour qui ces valeurs sont écrites, et d'où elles viennent.

    Restent deux choses que les pages consultées pour cet article laissent de côté : ce qui décide vraiment du rendu des couleurs, et la chaleur qu'une source envoie sur la toile.

    À retenir
    150 lux pendant 3 000 heures ou 500 lux pendant 300 heures : même dose, dit le C2RMF.
    2Une huile et une aquarelle ne sont pas dans la même catégorie de sensibilité.
    3Un IRC de 90 ne suffit pas : c'est le R9 qui décide du rouge d'une peinture.
    4Une lampe LED n'émet pas d'infrarouge. Une halogène de 35 W dissipe 33 W en chaleur et en infrarouge.

    01Ce qui abîme un tableau, c'est la dose

    Une œuvre ne se dégrade pas sous un éclair de lumière. Elle se dégrade par addition, séance après séance.

    L'équivalence que le C2RMF écrit noir sur blanc

    Le Centre de recherche et de restauration des musées de France publie un vade-mecum de la conservation préventive, dans sa version du 18 novembre 2013.

    Il y pose, pour l'ivoire, une limite de 150 000 lux·heures par an — « soit de 50 lux pour 3 000 heures, ou bien de 500 lux pour 300 heures ».

    Cette phrase contient tout le sujet. Deux réglages très différents délivrent exactement la même dose.

    La Bibliothèque nationale de France, dans un numéro d'avril 1997 de ses Actualités de la conservation, fait le même calcul dans l'autre sens.

    Pour des documents graphiques sensibles en exposition temporaire, elle retient 36 000 lux·heures par an, ce qui équivaut à 90 jours à raison de huit heures par jour.

    Chez soi, la durée n'est pas comptée

    Dans un musée, les heures d'ouverture sont connues et la dose annuelle se calcule. Dans un salon, les heures ne sont pas comptées.

    Un tableau éclairé chaque soir reçoit une accumulation qui n'est pas totalisée. Le premier levier n'est donc pas la puissance de l'appareil : c'est l'interrupteur.

    L'Institut canadien de conservation ne dit pas autre chose pour les maisons historiques : choisir, dans la maison puis dans la pièce, les emplacements les moins éclairés au fil de la journée, et jouer des stores et des volets aux heures de fort ensoleillement.

    La dose, c'est la lumière multipliée par le temps Deux rectangles, la même aire. 500 lux 50 lux 300 h 3 000 h 500 lux · 300 h 50 lux · 3 000 h durée d'exposition éclairement Même dose : 150 000 lux·heures par an Valeur écrite par le C2RMF pour un ivoire, en musée.
    L'équivalence est écrite par le C2RMF pour un ivoire, dans un cadre muséal. Le principe, lui, vaut partout.

    02Les niveaux en lux que les institutions écrivent, et pour qui

    Les chiffres existent, ils sont publics, et ils sont plus nuancés que ce qu'on en retient.

    Une huile et une aquarelle ne sont pas dans la même catégorie

    Le vade-mecum du C2RMF classe les matériaux en quatre niveaux de sensibilité. Les matériaux inorganiques non restaurés, comme le métal ou la pierre, y sont insensibles ; le bois sculpté et les peintures, sensibles.

    Le papier de bonne qualité, les aquarelles, les pastels, les textiles de laine et de coton et l'ivoire sont très sensibles. Les teintures, la soie, les photographies et les plumes, extrêmement sensibles.

    Le même document pose que, par convention, l'intensité lumineuse pour un dessin ne doit pas excéder 50 lux.

    La grille du musée national d'art asiatique de la Smithsonian Institution, mise à jour le 21 avril 2023, va dans le même sens : une peinture à l'huile est donnée pour 300 lux et une exposition illimitée, une aquarelle pour 50 lux et six mois par tranche de cinq ans.

    Ces valeurs sont écrites pour des musées

    Aucun des documents consultés pour cet article ne fixe de niveau d'éclairement pour un logement. Le C2RMF vise les musées de France, la Smithsonian ses propres galeries, l'Institut canadien de conservation les musées et les galeries.

    Plusieurs de ces plafonds sont d'ailleurs adossés à une dose annuelle et à une durée d'exposition. Sortis de ce cadre, ils perdent une partie de leur sens.

    Une précision de l'Institut canadien de conservation mérite d'être connue : la valeur de 50 lux est calibrée sur un œil jeune. L'âge du spectateur, une surface sombre, un détail fin ou un contraste faible justifient chacun un facteur allant jusqu'à trois.

    03L'angle de pose, et le reflet qu'il évite

    C'est un chiffre très repris sur ce sujet, et souvent donné sans source.

    Ce que dit une source institutionnelle

    Une note de l'Institut canadien de conservation consacrée aux rails d'éclairage, publiée en 1983 et mise à jour le 22 février 2019, donne une règle écrite : le faisceau doit faire un angle de 60° avec l'horizontale.

    Elle donne aussi une formule de recul du rail. La distance D au mur vaut la hauteur H du centre de l'œuvre, moins 160 cm, le tout multiplié par 0,577 — les deux cotes étant en centimètres, et 160 cm la hauteur d'œil supposée d'un adulte.

    Ce coefficient 0,577 est la tangente de 30°. Un faisceau à 60° de l'horizontale fait donc 30° avec la verticale, et c'est de là que vient l'angle de 30° qu'on lit partout.

    Les pages qui avancent ce 30° et que nous avons consultées ne citent aucune source. La référence existe pourtant, et elle donne en prime la formule de recul.

    Le reflet est une affaire de géométrie

    Un rayon se réfléchit sur un verre avec le même angle qu'il l'a frappé. Si la source se trouve dans le prolongement de cette réflexion, le spectateur voit la lampe à la place de l'œuvre.

    C'est pourquoi la note canadienne cale sa formule sur la hauteur d'œil du spectateur, et non sur le mur seul. Elle justifie explicitement sa géométrie par l'évitement de l'éblouissement et des reflets indésirables.

    La saillie de l'appareil — de combien il s'écarte du mur — entre donc directement dans ce calcul, au même titre que la hauteur de pose. C'est le premier critère à regarder parmi les appliques murales de VARNYS.

    Le vitrage joue aussi sur les ultraviolets. L'Institut canadien de conservation a mesuré leur filtration : 26 % pour un verre ordinaire, 83 % pour un verre de qualité musée, 99 % pour un panneau de plastique rigide, chaque valeur étant donnée avec sa tolérance.

    04Le rendu des couleurs : un indice de 90 ne suffit pas

    Le rendu des couleurs se résume trop souvent à un seul chiffre, et ce chiffre cache l'essentiel.

    L'Association française de l'éclairage rappelle, dans un article du 13 juillet 2017, que l'indice de rendu des couleurs — l'IRC ou Ra — est défini par la publication CIE 13.3 de 1995.

    Un indice plus récent, le Rf, l'est par la CIE 224 de 2017. L'AFE précise qu'il ne se substitue pas pour le moment à l'IRC, et que les deux vont cohabiter.

    Le bulletin technique 36 de l'Institut canadien de conservation et du Getty Conservation Institute, publié le 5 mai 2020, pose deux seuils pour l'éclairage des musées et des galeries.

    Une lumière de bonne qualité y demande un IRC d'au moins 90 et un R9 d'au moins 50 ; une lumière d'excellente qualité, un IRC d'au moins 90 et un R9 d'au moins 90.

    Le R9 est l'indice du rouge saturé. Deux lampes affichant le même IRC de 90 peuvent avoir un R9 de 50 ou de 90 — et c'est le rouge d'une peinture qui s'en ressent.

    Quant à la température de couleur, le même bulletin tranche d'une phrase : c'est une affaire de préférence, pas de qualité. Sa seule recommandation est d'employer la même température pour toutes les lampes d'un même espace.

    Il note par ailleurs que 3 000 K reste un choix passe-partout agréable en éclairage muséal. C'est un usage, présenté comme tel, pas une prescription.

    05La chaleur envoyée sur la toile

    C'est un point peu traité par les pages consultées, et il a beaucoup changé avec la LED.

    Le bulletin technique 36 l'écrit sans détour : une lampe LED n'émet pas de rayonnement infrarouge.

    Il donne le bilan comparé. Une incandescente de 60 W, une halogène de 35 W et une LED de 9 W produisent la même lumière, environ 2 W. Le reste part en chaleur et en infrarouge : 58 watts, 33 watts et 7 watts.

    Côté ultraviolets, l'Institut canadien de conservation situe une LED blanche entre 0 et 75 microwatts par lumen, une valeur qu'il qualifie de très faible, contre 300 à 600 pour la lumière du jour. Le filtre ultraviolet y est noté comme non nécessaire.

    Ce n'est donc pas « aucun ultraviolet » : c'est une quantité que l'institut chiffre, et qu'il qualifie de très faible.

    Un dernier point mérite d'être rapporté tel quel. Dans une page destinée aux particuliers, mise à jour le 23 juillet 2025, l'Institut canadien de conservation écrit de ne pas placer un tableau en plein soleil.

    Il écrit aussi de ne pas braquer un spot ou une liseuse de tableau dessus, au motif que cela élève la température autour de l'œuvre.

    Le même institut, avec le Getty, écrit qu'une LED n'émet pas d'infrarouge et n'élève la température d'une vitrine que d'un ou deux degrés. Les deux textes viennent de la même maison, et nous les donnons tous les deux.

    06Questions fréquentes

    QQuelle lampe est idéale pour mettre en valeur un tableau ?

    Pour l'éclairage des musées, le bulletin technique 36 de l'Institut canadien de conservation et du Getty Conservation Institute demande, en qualité excellente, un IRC d'au moins 90 et un R9 d'au moins 90. C'est ce couple de valeurs qui décide de la fidélité des couleurs.

    QQuelle lampe pour éclairer un tableau ?

    Une source LED présente deux avantages relevés par l'Institut canadien de conservation : elle n'émet pas de rayonnement infrarouge, et ses ultraviolets sont assez faibles pour que le filtre y soit noté comme non nécessaire. Reste à regarder son IRC et son R9.

    QComment éclairer un tableau au mur ?

    Une note de l'Institut canadien de conservation sur les rails d'éclairage donne un faisceau à 60° de l'horizontale, et une formule de recul : la distance au mur vaut la hauteur du centre de l'œuvre moins 160 cm, multipliée par 0,577. La hauteur d'œil du spectateur y sert de référence, pour éviter le reflet.

    QQuelle est la meilleure lampe pour un peintre ?

    Les documents de conservation ne traitent pas l'éclairage d'un atelier. La grandeur qu'ils retiennent pour juger une source reste toutefois la même : l'indice de rendu des couleurs, et le R9, qui porte le rouge saturé.

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